Cinq jours loin de nos murs, suspendus au silence,
Avec au fond du cœur une lourde présence,
La peur d’un lendemain caché dans le brouillard,
L’attente interminable au bord du désespoir.
Puis revient le moment tant redouté, espéré,
Le regard se fige devant l’immensité,
Les collines d’autrefois, baignées de lumière,
Portent désormais le deuil d’une beauté première.
Au détour de la route surgit un monde anéanti,
Un paysage meurtri sous un ciel assombri,
Un décor apocalyptique s'étend sous nos regards,
Un désert de cendres aux allures de cauchemar..
Des troncs calcinés dressent leurs bras décharnés,
Fantômes silencieux d’une région sacrifiée,
Les forêts disparues ne murmurent plus au vent,
Leurs parfums ont rejoint le royaume du néant.
Plus de chants dans les bois, plus de vie familière,
Seulement le néant sous une voûte austère,
Là où dansaient les fleurs, où vibraient les saisons,
Reste une immense empreinte au creux de l'horizon..
Et l'on avance alors dans ce paysage lunaire,
Le cœur lourd de tristesse devant tant de misère,
Les montagnes, les vallées, les vieux sentiers d'antan,
Semblent porter encore le deuil des jours d'avant.
Le retour est brutal devant tant de ravages,
Maisons éventrées livrées au vent sauvage,
Jardins sans couleur, des vergers dévastés,
Des vies en quelques heures à jamais bouleversées.
Des familles debout au milieu des ruines,
Retrouvent quelques traces parmi les pierres voisines,
Une photo, des clés, quelques objets sauvés,
Derniers témoins muets d'un bonheur envolé.
Des animaux perdus, des souvenirs éclipsés,
Des années de travail à jamais consumées,
Des gestes d’une vie effacés par le temps,
Des rêves et des efforts anéantis en un instant.
Il faut avoir connu cette immense blessure,
Cette peur dans la chair, cette étrange brûlure,
Pour saisir pleinement la force du chagrin,
La longueur du combat jusqu’au prochain matin.
Comme face au combat imposé par la maladie,
Les mots deviennent soudain si petits devant la vie,
Nul ne mesure un drame avant d'en porter le poids,
L'épreuve ouvre des portes ignorées autrefois.
Mais au milieu des cendres apparaît la lumière,
Dans les gestes offerts, dans l’aide solidaire,
Une force renaît au cœur des jours blessés,
Portée par les regards et les mains rapprochées.
Le feu a dévoilé, derrière les broussailles cendrées,
Des murs de pierres sèches oubliés par les années,
Vestiges d’autrefois, témoins des anciens travaux,
Gardant dans leurs fissures la mémoire des hameaux.
Ces terrasses façonnées par des mains courageuses,
Ces parcelles d’antan, ces terres généreuses,
Racontent le labeur, la patience et l’espoir,
Des générations passées veillant sur leur histoire.
Sous les cendres encore sommeille une espérance,
Une graine oubliée prépare sa renaissance,
Au retour du printemps renaîtront les couleurs,
Et le vert reviendra apaiser les douleurs.
Alors, même si nos monts gardent encore leurs blessures,
Même si le feu demeure au creux des déchirures,
La montagne renaîtra sous un nouveau printemps,
Plus forte après l’épreuve, plus belle avec le temps.