Juin, là-haut, appelle la pierre et la lumière,
Juin marche sur les crêtes encore prises d’hiver,
Il réveille les cimes, il délie les neiges,
Et fait chanter l’altitude dans ses vieux privilèges.
Entendez-vous le Cambre d'Aze, dressé dans le matin,
Gardant sur son front le froid des anciens chemins ?
Et le Carlit immense, gardien des eaux claires,
Où dorment les reflets des neiges éphémères…
Dans les creux du Carlit sommeille encore la neige,
Tandis qu’au fond des prés l’été déjà siège,
Le Cambre d’Aze veille, immobile et loyal,
Entre deux mondes bleus, entre deux vents rivaux.
Les torrents se déchaînent, libérés des hauteurs,
Ils roulent sur les pierres leurs éclats de fraîcheur,
Ils disent le printemps qui s’efface en silence,
Et la force du jour qui lentement s’élance.
Ô prairies du Haut Conflent aux herbes réveillées,
Où dansent les fleurs vives sous les pas du sentier,
Vous portez dans vos plis le parfum des genêts,
Et le souffle léger des matins jamais muets.
Quand le soir s’abandonne aux pentes adoucies,
Le Cambre devient rose, le Carlit s’agrandit,
Et la montagne entière, dans son souffle profond,
Chante un hymne de pierre qui descend dans les vallons.
Car juin n’est pas saison, mais passage et promesse,
Un fil entre deux temps, une douce caresse,
Il tient dans une main la neige et le soleil,
Et suspend la montagne entre deux merveilles.